
Il est fréquent qu’il soit nécessaire
d’installer sur le fond de la mer, un câble ou une canalisation
“sea-line”. Le Maître d’Ouvrage a fixé
au préalable les points de départ et d’arrivée,
à terre (“atterrage” ou “atterrissage”),
de la canalisation ou du câble, en fonction de 3 impératifs:
Trajet en mer (supposé en ligne droite) le plus court
possible;
Coût des travaux à terre et de l’enfouissement
pour atteindre ces points de départ et d’arrivée;
Sécurité de la pose par rapport aux risques de
déplacement et de dégradation liés aux usages (ancrage,
pêche aux arts traînants). Cette pratique est incompatible
avec une bonne stratégie de minimisation de l’impact.
Pour minimiser l’impact sur les herbiers à
Posidonia oceanica, il est nécessaire:
Que le Maître d’Ouvrage propose un minimum de 3
points de départ et/ou d’arrivée à terre.
Il peut hiérarchiser ces variantes, en expliquant les motifs:
surcoût dû à la longueur en mer, surcoût lié
aux travaux à terre ou en mer (déroctage), etc.;
De disposer d’une carte précise (entre le 1/1000
et le 1/5000) de la nature des fonds (roche, sable, vase, etc.) et de
leurs peuplements, tout particulièrement de l’extension
de l’herbier à Posidonia oceanica, de son recouvrement
et des types d’herbier présents, mais également
des autres peuplements à valeur patrimoniale (bioconcrétionnements
de type coralligène, forêts de Cystoseira, prairies à
Cymodocea nodosa, etc.). Le taux de déchaussement des rhizomes
de P. oceanica doit être évalué. Dans la majorité
des cas, les cartes préexistantes ne sont pas adaptées
au problème posé et une carte précise doit donc
être réalisée en préalable à tout
choix de tracé;
D’établir, le long des différents tracés
envisagés ou proposés (scénarios), des profils
bathymétriques très précis, tout au moins dans
les secteurs à fort dénivelé. La présence
de ces dénivelés (tombants de “matte”, intermattes
érosives, etc.) peut en effet rendre nécessaire l’ensouillage.
Par ailleurs, l’hydrodynamisme doit être évalué
à partir d’indicateurs observables sur le fond : structures
érosives, déchaussement des rhizomes, herbier ondoyant,
ripple marks, etc.;
De bannir, dans toute la mesure du possible, le choix technique
de réaliser une tranchée dans l’herbier à
Posidonia oceanica, destinée à accueillir la canalisation
ou le câble (ensouillage). La simple pose de la canalisation sur
le fond est possible quand l’hydrodynamisme est faible, en particulier
à partir de 10m de profondeur. Mise à part la faible destruction
de l’herbier par ensevelissement direct, les impacts indirects
sur l’herbier sont très limités. Dans le cas d’herbiers
à bonne vitalité, l’impact peut même être
nul : en effet, l’herbier tend à recouvrir le câble,
et à l’incorporer dans la “matte”;
Lors des travaux de mise en place d’un câble ou
d’une canalisation, il est impératif d’éviter
que le navire câblier s’ancre dans l’herbier à
P. oceanica : il doit s’ancrer au delà de la limite inférieure
de l’herbier. Les opérations à proximité
de la côte devront être effectuées à l’aide
d’une petite embarcation de servitude. S’il y a ensouillage
dans l’herbier, des écrans de géotextile devront
être mis en place de part et d’autre pour éviter
que des particules fines se déposent dans l’herbier. Enfin,
il est impératif que le navire câblier n’abandonne
pas sur place des segments de câble ou de canalisation non utilisés,
susceptibles de constituer une pollution visuelle.
Dans tous les cas, un suivi de l’impact de la
canalisation ou du câble devrait être prévu après
sa mise en place, après 2 ans, 5 ans et 10 ans, afin de valider
(ou non) le choix du scénario retenu, et de permettre d’améliorer
la gestion de ce type d’aménagement. (*)
(*) Textes extraits de l’ouvrage réalisé
en 2006 dans le cadre de l’Accord RAMOGE: «Préservation
et Conservation des herbiers à Posidonia oceanica».