RÉGION PROVENCE-ALPES-COTE D’AZUR
(FRANCE) (*)
Le réensablement des plages a pour objet de
contrebalancer une situation (érosion de la plage, déficit
en sédiment) qui, généralement, s’est instaurée
en raison de l’altération de l’équilibre qui
régnait auparavant. En fait, pour résoudre réellement
un problème de ce type, de façon durable, et donc souvent
plus économique, il convient de s’attaquer à la
cause, c’est à dire de corriger le facteur qui a déterminé
le déséquilibre.
Pour éviter le recul des plages, il convient tout d’abord
de permettre la libre circulation du sable entre la plage et l’arrière
plage (dune):
Protection de la dune contre le piétinement au moyen
d’obstacles au franchissement. Il convient d’informer les
usagers de la raison pour laquelle on souhaite qu’ils ne traversent
la dune qu’en certains passages dûment balisés. Quand
la dune a été dégradée par le piétinement,
la mise en place de protections permet sa reconstitution naturelle;
Interdiction de toute construction (routes, bâtiments)
sur la plage et l’arrière plage; celles-ci doivent ne débuter
qu’au delà de la dune;
Maintien sur la plage des feuilles mortes de P. oceanica et
des banquettes de feuilles mortes. Il convient d’informer les
usagers des raisons de ce non enlèvement: protection de la plage
contre l’érosion et maintien de la vie sous-marine; en
outre, il convient d’attirer l’attention du public sur le
fait que les feuilles rejetées sur la plage témoignent
de la présence d’herbiers de Posidonies au voisinage, et
donc de la bonne qualité globale de l’eau. L’utilisation
des qualificatifs de “plage écologique” ou de “plage
bio” est recommandée;
Si l’on choisit d’enlever (ou de réduire
l’importance) des banquettes de feuilles mortes, il convient de
le faire le plus tard possible par rapport à la saison touristique,
afin de leur laisser jouer leur rôle de protection pendant la
plus grande partie de l’année;
Quand un épi artificiel (ou tout autre ouvrage destiné
à “protéger” la plage) se dégrade,
avant toute réparation ou remise en état, il convient
de réaliser une étude à bonne échelle (la
cellule hydrosédimentaire dans laquelle il se situe) pour s’assurer
que sa remise en état ou sa reconstruction est réellement
opportune.
Quand il n’y a réellement pas d’alternative au réensablement
d’une plage, les règles suivantes devraient être
respectées:
Les matériaux utilisés devraient être constitués
par du sédiment de granulométrie suffisamment grossière
pour absorber efficacement l’énergie des vagues. A ce propos,
les graviers permettent d’obtenir un profil plus pentu pour le
bord de la plage, et donc d’accroître de façon plus
importante la surface de la plage, par rapport à l’emploi
de matériel sableux;
Aucune décharge de matériaux sédimentaires
ne doit être faite directement sur les herbiers à Posidonia oceanica;
Si des herbiers à P. oceanica sont présents à
moins de 300m d’un point quelconque de la plage (y compris de
points de la plage où le matériel n’est pas directement
déposé; les courants de dérive le dispersent plus
ou moins rapidement sur l’ensemble de la plage), les matériaux
qui pourront être utilisés pour le réensablement
devront répondre à des caractéristiques spécifiques.
La valorisation des feuilles mortes de P. oceanica
retirées des plages reste pour le moment, malgré de nombreuses
tentatives, plus un problème d’ethno-sociologie ancienne
que d’avenir économique. Même si, dans le futur,
elles pourraient être réellement valorisées, leur
enlèvement devrait être exclu en raison du rôle qu’elles
jouent dans la protection des plages contre l’érosion et
dans les chaînes alimentaires des écosystèmes littoraux.
En France, où P. oceanica est une espèce protégée,
l’enlèvement est en fait illégal, puisque la protection
s’applique aussi bien à la plante vivante que morte, “tout
ou partie”, et la valorisation de ces feuilles mortes le serait
également. C’est seulement dans les Régions de Méditerranée
où l’espèce n’est pas protégée
et où elle n’est pas non plus menacée (régions
pour le moment non identifiées) qu’une exploitation des
feuilles mortes de P. oceanica serait légalement envisageable,
bien que nous la déconseillons vivement.
(*) Textes extraits de l’ouvrage réalisé en 2006
dans le cadre de l’Accord RAMOGE: «Préservation et
Conservation des herbiers à Posidonia oceanica».
ANNEXE 2